Chroniques du Rock Altitude Festival 2012

Rock Altitude Festival 2012 ; chronique

1)  Gémellité n’ Roll

Matt nettoie le comptoir, met un sous-bock et sert une bière à un habitué venu s’abriter quelques instants de cette pluie tenace et inhabituelle pour la saison. Un classique de Led Zeppelin passe sur la sono. Quelques étudiants venus profiter du réseau wi-fi contrôlent leur vie numérique. Mais à cette heure-ci le bistrot se remplit gentiment. Il est environ 17h et Keep up the blues des Stones commence. Le barman monte la sono et un vieux rocker appuyé au bar dit en s’exclamant de joie ; « encore des p’tits jeunes qui s’lancent », un rire gras ponctuant sa ritournelle. Il tape du pied et fredonne, il lève son verre de Gorron, boit une gorgée déraisonnable et en recommande un.

John et Victor sont attablés depuis un moment déjà, dissertant sur leurs derniers achats musicaux. Ces mecs sont compulsifs, environ quatre cds par semaine. Il est impossible de suivre le flux de leurs acquisitions. Ils sont toujours à la recherche du petit groupe, des labels indépendants, des disquaires passionnés. John déballe un nouvel album de Kehlvin après cinq longues années d’attente… un bel objet, une superbe couverture illustrées… une sorte d’enchevêtrement végétal et organique… Victor interpelle Matt qui se décide enfin à débarrasser les tables où s’accumulent les verres vides. Il demande si on peut écouter l’album… Le barman retourne derrière son comptoir, coupe le son, met le nouveau Kehlvin… l’enfer ; ici ; maintenant… quelqu’un vomit dans la poubelle…

Daniel est toujours derrière son ordinateur, quelques potes l’ont rejoint à sa table dont Gregor avec qui ils sont toujours à la quête des dernières nouvelles. Surtout à cette période où les festivals annoncent leur prog.

-         t’as vu Gregor, le Rock Altitude a annoncé Nada Surf ; quelle chiasse !

-         ouais j’ai vu… c’est important pour notre génération ce groupe, ils n’ont pas fait que Popular tu sais et ils jouent pour vachement plus cher pas si loin d’ici…

-         bref… on verra, mais ils ont mis un truc bizarre sur leur facebook, ils parlent à demi-mots de fraternité et d’atomes, ils ont diront plus bientôt…

-         Regarde y’à le programmateur qui arrive, on a qu’à lui demander ce que c’est

-         Non lui c’est son frère.

-         Quoi son frère, mais il a la même gueule que l’autre alors ?

-         Oui mais lui – c’est l’autre – celui que l’on ne connaît pas…

-         PUTAIN mec, cette histoire de frangin, c’est p’têtre une allusion à… tu crois qu’il y aurait les Chemical Brothers ?

Les deux potes sont frénétiques et vont directement sur le site de leur groupe préféré. Découvrant qu’ils sont effectivement en tournée à ce moment-là, « putain ils ont un trou de planning ce week-end là » dit Gregor surexcité… Les Chemical Brothers au Locle… Au bout de la table, Amrkus arrête ses gribouillis circulaires qu’il fait sur tous les flyers et regarde les deux geeks spéculant sur n’importe quoi…

-         fraternité inconnue mon cul ! Je sais de source sûre que c’est les Hanson… ils ont craqué et veulent rendre le festival accessible aux 11-13 ans

-         Ta gueule Amrkus !

-         Eh Matt, des frangins ; ça pourrait être quoi d’autre ?

Le barman a entendu des bribes de ce dialogue de sourd depuis le début, il encaisse une binch et dit en rendant la monnaie :

-         Les Plonk et RePlonk, ils vont sortir un cd bientôt, détournement de chanson jurassienne et duplicité sonore ça s’appellera

-         Matt s’il te plaît c’est important…

-         Je sais pas les gars, faites une liste de tous les groupes où il y a des frangins, frangines… démerdez-vous, spéculez… soyez malins… les White Stripes qui sait ?!? la chimie et l’origine du monde…l’origine chimique du monde.

Le cd de chie est fini, John s’en va… Matt remet sa compil habituelle, cliquant malicieusement sur Sisters

Chronique rédigée par Dejan

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Chroniques du Rock Altitude Festival

Rock Altitude Festival ; chroniques

Extrait de « Nulle part en Oxydent… », mon premier livre (2009), parce que après la Plage et avant le Rock Altitude, c’est important de se rappeler que ces moments de « liberté illusoire » sont la meilleure réponse à la lie nauséeuse qui est placardé dans nos rues. Merci à ceux qui rendent ces moments possibles…

 Ils sont des dizaines de milliers à jouir de cette liberté. Comme s’ils voulaient construire une nouvelle société, détachée des affres de l’ancienne. Un pays de nulle part, sans frontières et sans pouvoir. Un territoire imaginaire. Un monde fugace, donc possible. Ils recréent une communauté grâce à une passion partagée. Ils se sont extirpés des tares de la nationalité. De l’Etat-nation, ils passent à la notion de l’état. Au diable les passeports. Fuck le system comme disent leurs t-shirt. Fraternité nouvelle établie autour de l’hédonisme et du rythme, du mouvement et du bruit. Ce n’est pas un territoire qui leur fait partager un passeport, mais une passion qui leur fait partager un territoire. Escapade réparatrice en dehors de cette conception imaginée qui ne cesse de les avilir. Ici, les pays s’évaporent…Espaces n’ayant du sens que dans leur schématisation cartographique. Iconographies symboliques et plaques d’immatriculation cristallisant l’appartenance. Ces codifications faussement identitaires disparaissent enfin…Ici, l’espace de leur dérive est le fruit de leurs envies. Hors des pays et du monde, du temps et de l’esprit, ils laissent leurs corps voguer sur les pulsations de l’instant. Les sons et les organismes sont imbriqués l’un dans l’autre,  au sein de ce décor que Rabelais ne nierait…comme une grande famille sans hiérarchie qui s’extasie/sexetasient/sextasy…

 Hey, hey, my, my…rock n roll can never die…l’impressionnant cri du coeur de la foule en transe fait enfler la rumeur. Tous ces corps unis, ces poumons vidés, gorges déployées, bras levés. Les haleines diverses deviennent une saveur ambiante…les larynx vibrant fusionnent dans un hurlement commun. Tous ces atomes hétéroclites se rassemblent autour de la molécule fœtale…vagissements jubilatoires de la totalité retrouvée. Seul sur scène, timide, la silhouette fragile, protégé par l’immensité de son talent. Ce bon vieux Neil caresse sa guitare, touche son piano comme s’ils étaient les seins et le sexe d’une femme. Les harmonies divines de son organe vocal résonnent très loin, très haut avant de s’infiltrer dans les tympans et dans les corps pour y répandre leurs splendeurs.  L’éclat du mélodiste qui laisser glisser son art sur la foule ondulante…Rarement les corps et les sons, la musique et l’instant ne s’étaient pareillement imbriqués…

Le dernier accord de guitare s’étouffe. Les musiciens saluent la foule en délire. Thank you Roskildeee, keep on rockin’ in a free world, see you next year! Le rideau tombe ! La clameur perdure le temps que la fusion de l’ensemble ne libère ses particules de leur noyau cosmique. D’un coup chacun réalise son existence, la conscience reprenant possession d’une boîte organique ivre de sens. C’était le dernier concert du festival, l’apothéose de ces quelques jours de magie transcendantale. Ils aimeraient tant prolonger le moment. Ils se damneraient pour continuer à se réchauffer ensemble autour de la flamme musicale. La musique est l’anneau de feu qui insuffle le magma communautaire. De part sa combustion, le monde aura été possible…le temps d’un songe éveillé. Matt regarde Vlad qui ne regarde rien ou qui regarde tout. Lui-même ne se rendant pas encore compte que la matière d’un monde et sa réalité visible se répercutent sur sa cornée. « Je n’en reviens pas… » réussit-il enfin à prononcer. La voix est fébrile, les mots peinent à sortir de sa bouche. Encore en pleine lévitation, les yeux humidifiés par l’intensité de l’expérience, il atterrit prudemment. « Hallucinant ! » répond Matt qui ne peut guère faire plus de prolixité dans son langage. Ils tombent dans les bras l’un de l’autre, se serrent fraternellement la main avant d’hurler de jubilation. Jusque tard dans la nuit ils vont tenter de faire perdurer ce sentiment si agréable de légèreté indicible. Ils vont défier l’obscurité et la fatigue en repoussant les limites de l’ingestion éthylique pour prolonger, prolonger encore ces sensations. Pour que ça continue perpétuellement…pour que maintenant soit tout le temps…

L’aube laisse entrevoir les rêves démantelés avant que le jour naissant ne révèle l’injustice du monde aux festivaliers endormis. Vlad se réveille en sursaut, l’estomac tressaillant à cause du vide qui l’emplit, le cœur en proie à un douloureux pincement. Fait chier, c’est fini…pense-t-il en pleine désillusion. Les interstices de sa vision à peine entrouverts que le quotidien pointe  le bout de son nez enrhumé. Le quotidien et sa morne lassitude, ses répétitions insensées, sa routine avilissante. Les rouages inusités de l’habitude et ses viles turpitudes…il ne veut pas y retourner, il n’aura pas la volonté de s’y conformer…Bientôt, ces trois jours de volupté ne seront plus des amas résiduels de souvenirs moitié vécus, moitiés imaginés. Le festival, ses excès, les concerts, les rencontres, la célébration de mouvement dénué de sens ne seront plus que des bouées mnémoniques dans l’océan de l’oubli. Une parenthèse temporelle pour supporter encore la frigidité du réel. La peur au ventre, Vlad craint le retour à une normalité imposée. Il s’est tellement habitué au social inversé que procure ce rassemblement. Sorte de meilleur des mondes possibles où l’on peut vider ses poumons de la douleur qu’ils ingèrent à n’importe quelle heure du jour ou de la nuit, où l’on peut délester sa vessie au gré de ses envies, où la musique est ce fruit extatique qu’ils ingurgitent en commun…

Chronique rédigée par Dejan

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Chroniques du Rock Altitude Festival

Rock Altitude Festival ; chroniques

“Let’s get together… one more time”

The Doors

      L’un après l’autre les concerts se succèdent et se consument, comme le combustible nécessaire à notre inlassable quête sonique. D’une salle alternative qui pue la transpiration à un concert dans une cuisine, dans un bar ou devant à la grande scène d’un festival, peu importe tant que les décibels nous perforent. L’énergie du live et le partage soudain de la magie musicale. Comme un rassemblement religieux ou une reproduction des transes antiques, comme leur translation bordélique dans un temps désenchanté, les concerts constituent la meilleure réponse à l’isolation quotidienne.

Alors que le désastre global d’un monde sur le point de péricliter nous entoure comme un imperceptible nuage radioactif ; la musique est partout, tissant l’espace utopique où se complaire. La musique se joue live et on en jouit ensemble, comme une résurgence de nécessités extatiques. Roger Waters joue The Wall, Patti Smith joue Horses, Lou Reed aux Vieilles Charrues, Portishead à Paléo, Queens of The Stone Age au Kilbi, Wovenhand au Rock Altitude, Kyuss aux Eurock’… cette année n’a aucun sens, il y a même Death From Above 1979 qui se reforme… il y a même des potes qui jouent au Dour Festival… Les concerts se succèdent et se consument, s’incrustant profondément dans la mémoire sensorielle. Comme les traces des rêves, comme des relents d’extase… comme un coït auditif !

Le 20 juillet 2011 par exemple, quelque part dans un temps dilaté : une foule encore vierge s’apprête à se faire dépuceler… Portishead entame leur récital par Silence, la foule est rendue aphone, les larmes brillent dans les yeux et la voix cristalline de Beth Gibbons traversent les ventres et les cœurs. C’est beau, c’est magique et incroyable, c’est comme du sexe, mais différent. Un instant illusoire de vacuité… Wandering Star…  un moment d’absence qui imite le néant… le solo de Glory Box… pulsion vibratoire de la perfection… Cowboys… délire fugace de pensées hostiles… Machine Gun… face à la magie et devant la grâce… Roads… la pâleur ironique de la grammaire s’évapore…

Chronique rédigée par Dejan

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Chroniques du Rock Altitude Festival

Rock Altitude Festival ; chroniques

« On était tous aux anges, on savait tous qu’on laissait derrière nous le désordre et l’absurdité et qu’on remplissait notre unique fonction dans l’espace et dans le temps, j’entends le mouvement. »

Jack Kerouac – Sur la route

Le chef d’œuvre de Kerouac est le calque magique d’un siècle désenchanté. Les plus folles envies de jeunes gens se déplaçant à l’infini dans un espace devenu clos, routinier. La quête se meut en fuite ! La liberté de la découverte, du voyage, les possibilités de révélation et de Satori s’enveloppent dans une brume nauséeuse. La fuite est le dénominateur commun de cette période de l’Histoire. La répétition de l’exil, physique et cérébral ; cette implosion se perpétuant.

Les fuites se répètent et se ressemblent, même si elles s’opposent dans leur raison d’être : l’exil des réfugiés, des pauvres, des artistes, des drogués, des artistes drogués, des terroristes, des ennemis politiques, des dictateurs, des criminels de guerre, des victimes de guerre… Une Histoire éclatée à travers laquelle nous allons voyager par flash, des points d’entrées sur une réalité, des mouvements se perpétuant d’une décennie à l’autre, d’un endroit à l’autre.

« À de grands intervalles dans l’histoire, se transforme en même temps que leur mode d’existence le mode de perception des sociétés humaines. »

Walter Benjamin – L’œuvre d’art à l’époque de sa reproduction mécanisée

Seattle 1991 : au milieu d’une zone industrialisée, dans une mégapole nord-américaine pleine de solitude, tournée vers l’expansion, une scène musicale s’esquisse, prête à tout briser sur son passage… Après les paillettes et l’exubérance des années 80, une jeunesse désabusée, jeans troués et cheveux gras qui ressent le brûlant besoin de s’épancher de sa détresse. Nirvana, Alice in Chains, Soundgarden, Pearl Jam… Peu importe leurs luttes internes, le grunge est jusqu’à nos jours la dernière révolution culturelle ! Tous ces groupes de Seattle imposent un retour aux racines sauvages du rock : sauvage, rebelle… avec quelque chose en plus. Sociologiquement, cette scène musicale peut être comparée au punk new-yorkais des années septante, aux scènes californiennes ou londoniennes des 60’s ou à la cold wave anglaise peut-être. Impact fulgurant sur un public divisé, folie des adeptes, vindictes des détracteurs… Un gros fuck off !!! Retour de Dada et des Beats…

Quelles sont les conditions permettant à une mouvance artistique de se translater d’une époque et d’un endroit à l’autre ? Le XXème siècle a entamé les métissages : les surréalistes puisaient leurs inspirations dans le dix-neuvième obscur, dans l’art africain et dans le cubisme. Les beats étaient influencés par le jazz et les surréalistes, le rock par les beats, tout le monde par Rimbaud !

Ici et maintenant, se palpe une résurgence bienvenue d’appel à la liberté… les songes éthérés d’une jeunesse frénétique se matérialisent peu à peu… d’une tournée mondiale à un festival de rock, des spectacles de rue aux courts mais trash… une putain de région s’éveille…

“The power to dream / to rule
to wrestle the world from fools
it’s decreed the people rule”

Patti Smith – People have the power

 Chronique rédigée par Dejan

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Chroniques du Rock Altitude Festival

« Ce que nous considérons comme de la musique n’est, pour d’autres, que du bruit. On voue sa vie à quelque chose qui est fondamentalement, du bruit. C’est vraiment de la folie. »
Jesse Sublett – Une vie en noir

D’une façon très générale, le mode de vie occidental a généré une augmentation massive du bruit résultant de l’activité humaine. Du trafic automobile à la production industrielle en passant par les nombreux travaux, la nuisance sonore est phénoménale de nos jours. Faut-il voir une corrélation entre la courbe exponentielle de l’angoisse et l’attaque massive de sons auxquels nous sommes soumis ? Au vu de l’évolution du monde dans lequel on vit, il n’est pas étonnant que la musique soit de plus en plus menaçante, que les sonorités âpres qui s’échappent des enceintes fassent ployer les auditeurs sous leurs distorsions.

« Good evening, we are Motörhead… and we play rock n roll… »

Un jour au milieu des années septante, un roadie défoncé doit remplacer au pied levé le bassiste d’Hawkwind. N’ayant qu’une connaissance rudimentaire de l’instrument, il s’acharne dessus comme s’il jouait de la guitare, produisant miraculeusement l’intensité sonore d’un avion au décollage. Le speed avec lequel il s’explose la tête et le bruit de moteur que fait sa basse lui donne l’idée de fonder son propre groupe. Le mec s’appelle Lemmy et son groupe Motörhead ! Cela fait maintenant plus de trente ans que ces gars jouent avec la résistance des tympans humains, comme une réponse à la société neurasthénique qui les a fait naître. Un mur de décibels ! Un martèlement constant, une rythmique inlassablement répétitive et ce son nom de Dieu ! Lemmy ; sa voix si poétique, ses furoncles… quelle belle époque on vit !
Motörhead représente en quelque sorte la genèse de la musique bruyante avec le Metal Machine Music de Lou Reed, la dichotomie de base de la distorsion sonore. Ensuite il y a le punk et Sonic Youth, My Bloody Valentine et Atari Teenage Riot… plein d’autres… la fin du monde doit se vivre dans un magma sonique augmentant en même temps que la folie globalisée. Du rythme dévastateur d’une soirée drum n’ bass aux larsens suffocant de Sunn O))), les jeunes occidentaux construisent et se complaisent dans leur propre utopie sonore.
Nous sommes en 2011 et le monde est en plein délirium tremens… Par un soir du mois d’août, quelques milliers de personnes sont réunies dans une patinoire transformée en temple du bruit pour une nuit. Les groupes se succèdent d’une scène à l’autre, ne se ressemblant que par l’intensité de leur volume et la violence de leur musique. Peu importe que tel groupe soit catégorisé comme cybernétique-métal et tel autre comme post-ovalbumine folk, il y a cette débauche d’énergie commune… il y a cette éloge bruyante au chaos qui émane de la sono.
Comme un spasme ou une convulsion, comme une soudaine remontée acide ou comme le réveil trop brutal d’un monde à l’agonie, il y a Atari Teenage Riot qui clôture la soirée…
…ça chie la mort… Mat vomit…

Chronique rédigée par Dejan

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G-Day 2011 !

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Chroniques du Rock Altitude Festival

Rock Altitude Festival ; chroniques

Comment Mat et Dan dissertent sur « Masters of War » qui s’échappe de la sono peu avant le concert de Wovenhand

-          Les années soixante représentent l’apothéose d’un univers créatif libéré, instinctif, revendicateur et sans limites. Ces années-là auraient pu rendre le monde possible. Dylan en était la pierre angulaire, le centre névralgique ! Au commencement était Bob Dylan… crie Mat.

-         Et les Stones ou les Doors s’était peut-être pas dans les 60’s ? Tu ne crois pas que Satisfaction représente bien mieux l’inanité de la jeunesse et Break on Through ses envies que les conneries incompréhensibles de Dylan ? lui répond Dan.

-         Bien sûr que oui, mais l’œuvre poétique du père Zimmerman décrit les peurs d’une société et des hommes qui la constituent. Ecoute un peu Masters of War gars…y a-t-il dénonciation plus violente de la guerre ? Au sujet de cette jeunesse envoyée au massacre d’un bout à l’autre du monde dans le déni et l’incompréhension.

-         Peut-être, toujours est-il qu’il y à trop de chrétienté sous-jacente dans ses chansons ; rédemption, faute, croyance, prophétie et tous ces trucs, Tiens écoutes ; would it buy you forgivness, putain, Dylan m’a toujours fait chier.

-         Personne n’a mieux interprété la situation de son pays que lui, Dan. Cette société est ancrée dans la religion, la justice de Dieu étant au-dessus de celle des hommes, c’est même écrit sur leurs conneries de dollar. Ce peuple s’est cru « élu », emplit d’une mission. Ils ont mélangé laïcité et religiosité, pour en faire un impérialisme dogmatisant…

-         Merci de ton exposé sociologique Mat, t’aurais du continuer l’uni au lieu d’écrire de la merde.

-         Désolé de te couper, mais Dylan a dit un jour ; « je suis né loin de chez moi et depuis j’essaye d’y revenir. » Comme tous ces gens, qui se sont établis loin de leurs origines sans pouvoir les retrouver, s’appropriant un territoire pour en faire un absurde mélange.

-         Ouais je sais, Henry Miller a écrit ; « L’Amérique ; c’est un nom que l’on donne à une idée abstraite ». Putain Mat, ne sois pas si susceptible, je ne critique pas ta mère, mais Bob Dylan, une espèce d’hydre aux visages multiples, une entité, un symbole, presque un leurre. Il n’a jamais su chanter et ce n’est pas un guitariste exceptionnel.

-         Ben c’est un artiste, un vrai. Le seul peut-être. D’ailleurs, résistant à l’usure du temps, sans suivre les modes, il est toujours-là.

-         Putain de dinosaure, comme son pays, il est dépassé, c’est un has been ! vitupère Dan alors que leur conversation se perd dans le magma bruyant qui émane de la foule quand Wovenhand monte sur scène.

Chronique rédigée par Dejan

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Chroniques du Rock Altitude Festival

Rock Altitude Festival ; chroniques

« Nous vivons dans un temps trop excentrique pour s’étonner un instant de ce qui pourrait arriver. »

Lautréamont – Les chants du Maldoror

Iggy Pop et Keith Richard auraient donc une réserve de sang suffisante pour leur deux corps. Ils fonctionneraient en circuit fermé… Uns des secrets les mieux gardés de l’histoire du rock n roll !

La fin des années soixante annonce la retombée du vent libertaire qui a soufflé quelques instants. La mort lente des instincts et la sclérose sociétale à venir. Ils ont eu peurs les salauds ! Plus jamais de rassemblements, plus jamais d’élans communautaires qu’ils disaient ! Il s’agira de gérer l’instabilité, il s’agira de capitaliser sur la contestation qui est née.

L’année 1968 va enclencher l’horreur des utopies détruites par l’inhumanité systémique des gouvernements. Malgré Woodstock et la possibilité de changement que le festival va insuffler, malgré la révolte globalisée d’une jeunesse qui voulait autre chose, c’est dans un bain de sang que la liberté sera balayée par la répression. Martin Luther King se fait assassiner, l’armée tue des milliers de manifestants à Mexico-City et les menaces diverses des cafards métalliques en uniforme font ressembler à un champ de bataille les manifestations étudiantes. Ceux qui avaient cru en une société meilleure pouvaient se noyer dans l’amertume de leurs larmes. Heureusement il y avait la baise et le LSD ! La fuite devenue une nécessité, c’est dans une débauche hallucinatoire et un éveil des sens bienvenu que les années soixante vont se terminer. Mais comme une tache de sang et un présage lugubre, une ombre maléfique plane autour des Rolling Stones. La tuerie pendant leur concert au festival d’Altamont et la mort de Brian Jones vont montrer au groupe le plus mythique du rock les dangers qu’il engendre…

 

C’est plus ou moins dans ce contexte-là que les vampires de la HELLVICE n’ Co ont décidé de gérer l’élan dionysiaque que la musique et les idéaux ont fait naître. Alors que meurent successivement Janis Joplin, Jimi Hendrix et Jim Morrisson, alors que Syd Barrett s’est envolé et que l’héroïne a creusé d’indélébiles sillons sur le visage céleste de Nico, les vampires mercantiles se frottent leurs mains anguleuses. Quoi de mieux que la morts des saints pour créer une religion ? Ils avaient été trop loin, ils étaient trop libres… les vampires s’en foutaient. Les martyrs étaient morts, ils pouvaient faire du rock n roll une croyance, ils pouvaient faire de chaque musicien un pasteur, de chaque fan un dévot !

Le trépas des héros pouvait cimenter la mythologie nécessaire à la foi, les vampires s’en réjouissaient, mais il leur fallait également penser à la nécessaire pérennité de leur entreprise. C’est alors qu’une miraculeuse silhouette reptilienne se distingue dans les fumées industrielles de Detroit. Un type dopé jusqu’à l’os qui gueule sans cesse : I’m a street walking cheater with a hand full of napalm. Il s’appelle Iggy Pop. Les vampires réagissent directement voyant en lui l’incarnation des vieux mythes qui les enrichissent. Il fallait tenir ce mec-là en vie, faire de lui un symbole. Avec les Rolling Stones qui avaient décidé de continuer, le tour était joué !

Keith Richard d’un côté de l’atlantique, Iggy Pop de l’autre… La HELLVICE n’ Co avait mis en place son plan ! Des énormes quantités de sang ont été prélevées sur des toxicomanes sains et conservées dans les meilleures conditions en attendant que fléchissent les corps des nouveaux apôtres. Ce qui est arrivé à partir des années 90. Mais grâce aux transfusions sanguines répétées et un ingénieux processus d’échange de sang entre les deux corps, Iggy et Keith se portent plutôt bien, font des pubs pour des grandes marques et continuent de nourrir les fantasmes les plus étranges. Cependant les corps mutent et la qualité du sang se détériore au fil des passages à travers les deux organismes.

Depuis la mort de William Burroughs en 1997 et grâce au génie du médecin qui lui avait prélevé une grande quantité de sang avant la fin, la HELLVICE n’ Co a pu développer le moyen révolutionnaire de faire vivre Iggy Pop et Keith Richard au moins aussi longtemps que le capitalisme. Peut-être plus longtemps ! Peut-être ils pourraient les faire vivre mille ans… il suffirait de mélanger quelques gouttes du sang de William Burroughs au sang froid d’un gecko…

Chronique rédigée par Dejan

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Chroniques du Rock Altitude Festival

Rock Altitude Festival ; chroniques

Ceci n’est pas une chronique :

… Lemmy serait l’être humain qui a prononcé le plus de fois les mots rock n roll… malgré la voix cristalline pour laquelle il est célèbre, Tom York serait un véritable connard prétentieux… Keith Richard doit subir une transfusion sanguine tous les quinze jours… le nouveau groupe de Jello Biafra s’appelle Guantanamo School of Medicine… Bjork serait une sensation envoyée de l’espace… le sang d’Iggy Pop est le seul qui soit compatible à celui de Keith Richard… Lester Bangs adorait le sirop pour la toux mais a faillit ruiner la carrière du MC5… Bunny Munroe – le héros du dernier roman de Nick Cave – imagine le vagin d’Avril Lavigne plus savoureux que sa musique… la démultiplication identitaire de David Bowie intéresse beaucoup les psychologues… 2h45 du matin/backstage ; Axl Rose se fait sucer la bite par une rouquine mais refuse de monter sur scène car il avait explicitement demandé que toutes les groupies soient blondes… le black métal norvégien inquiète toujours autant les milieux évangélistes… parmi les obsessions diverses de Kurt Cobain, unes des principales était ; comment faire un meilleur album que Fun House ?… Bob Dylan est le seul mec qui a vu Jésus mais que l’on a aussi traité de Judas… vous êtes le 666666666666ème visiteur sur la tombe de Jim Morrisson… et alors ?

Chronique rédigée par Dejan

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Chroniques du Rock Altitude Festival

Rock Altitude Festival ; chroniques

Pour une fois que se réveiller si tôt ne l’incommode pas, Mat contrôle encore si il a son billet, ses affaires, son passeport. Let’s rock se dit-il en trépignant d’impatience devant chez lui. Enfin la voiture de Sven arrive, dire qu’ils vont se taper six heures de route dans ce truc pourave. Une vieille bagnole allemande dont la rouille est recouverte par des flammes esquissées sur le capot. Hello les gars, ça rock ? Sur la banquette arrière Tom ronfle paisiblement, la tête appuyée contre la vitre, un filet de bave s’échappant de sa bouche. Sven qui est au volant émet un salut pâteux et guttural tandis que Mat saute sur le siège passager. La bagnole est pleine à craquer, car un festival ça se prépare. Réchauds à gaz, sac de couchages, tentes, habits chauds, des boîtes de raviolis et des packs de bières, bouteilles de whisky, assez de clopes et de feuilles à rouler. Mat sort son I-pod de sa poche en regardant s’éloigner cette ville grise et indigeste d’où ils s’échappent quelques jours.
- J’ai préparé une compile pour la route mec…
- Cool vas-y, ça joue toi en fait, je suis rance !
- Ouais ça va, un peu la tête dans le cul, mais on s’casse de cette routine insipide et j’ai eu le temps de boire un caf’, donc ça gère…
Mat connaît bien les compile, il a toujours adoré sélectionner méticuleusement des chansons, adapter la compilation à l’usage qui en sera fait, à l’espace où elle sera écoutée. Sister Morphine des Stones entame celle-là. Il se dit que la morphine dans cette chanson est une métaphore de la façon dont chacun essaye de s’échapper du réel, mais peut-être est-ce simplement la meilleure chanson au sujet de la drogue avec Hands of Doom qui est seconde position sur la sélection.
- C’est une compil’ sur la dope mec ?
- Pas nécessairement, peut-être la dope est une compil’ sur la vie…
- Quoi ?
- Peut-être que la dope est une façon de concevoir le monde comme une succession de ses chansons préférées. La bande-son d’un exil renouvelable et répétable, un truc du genre… chaque noce, chaque buzz, chaque exta serait une song…
Comme un démenti ou une confirmation, ils ne savent pas bien, c’est Rest my chemistery d’Interpol qui sort de la sono… Autour d’eux le paysage défile rapidement, ils fument et écoutent du rock n roll alors que la voiture accélère. Ils ont une douce impression de flottement bienvenu, comme les beatniks qu’ils auraient aimés être, ils se laissent bercer par un temps qui s’écoule à mesure de leurs errances dans l’espace. The Eternal de Joy, Venus in Furs, Rational Gaze de Meshuggah, Thunderstuck, Alabama song, English Civil War, Pj Harvey etc… Ils tapent du pied, ils fument et se fendent la gueule en se remémorant les festivals des années précédents, les scandales en tout genre éparpillés dans les travers de qui n’est plus. Les chansons se succèdent en alimentant la conversation, en faisant se déployer les anecdotes diverses alors que chaque kilomètre avalé par cette bagnole les rapproche du festival. Les premières notes d’Hallowed by the name résonnent dans l’habitacle enfumé et encombré, ce qui fait jaillir Tom de son sommeil…
- Ecoutez le solo qui arrive les gars, après 2 min 38 dans la song, un solo de Dave Murray, j’peux t’dire…
Il headbangue psychotiquement pendant toute la durée de la chanson, son t-shirt Iron Maiden fièrement exhibée, accompagnant ses idoles par un subtil jeu de air-guitar. La chanson se termine, il se rendort alors que les nappes sonores stratosphériques d’Echoes de Pink Floyd se déplient majestueusement. Flottant et en apesanteur, Mat jouit de la magie musicale en entendant vaguement Dan parler de trucs bizarres au sujet du devenir morceau de musique du son. À partir de quel moment une chanson existe-elle ? De l’intuition du compositeur aux multiples interprétations live, de l’enregistrement final aux essais multiples qui ont jonchés sa composition… en fait c’est quoi une chanson ; sa raison d’être, son origine… Mat entend des mots comme occurrence et prédicat, pour lui la musique est une sensation envoyée de l’espace afin qu’il n’oublie pas son existence, les mots qu’il entend ne désignent pas la chose que la musique lui évoque. Mais Dan continue de parler frénétiquement d’un livre à venir sur les types de théories liées à l’ontologie de la musique, un livre de Gilles Leibneuze à paraître dans un futur possible.
D’une digression à l’autre ils réalisent après coup qu’ils ont passé la frontière et que Le Locle approche enfin. En sortant la beuh de son caleçon, Mat confectionne un énorme joint en mettant à fond la chanson des Dead Kennedy’s I fought the law… La fumée épaisse de la marijuana emplit la voiture en sortant Tom de Morphée. Mat se rappelle une autre compil’ sur les meilleures chansons au sujet de la weed… ça commençait par Bob Dylan il me semble…

Chronique rédigée par Dejan

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