Rock Altitude Festival 2012 ; chronique
1) Gémellité n’ Roll
Matt nettoie le comptoir, met un sous-bock et sert une bière à un habitué venu s’abriter quelques instants de cette pluie tenace et inhabituelle pour la saison. Un classique de Led Zeppelin passe sur la sono. Quelques étudiants venus profiter du réseau wi-fi contrôlent leur vie numérique. Mais à cette heure-ci le bistrot se remplit gentiment. Il est environ 17h et Keep up the blues des Stones commence. Le barman monte la sono et un vieux rocker appuyé au bar dit en s’exclamant de joie ; « encore des p’tits jeunes qui s’lancent », un rire gras ponctuant sa ritournelle. Il tape du pied et fredonne, il lève son verre de Gorron, boit une gorgée déraisonnable et en recommande un.
John et Victor sont attablés depuis un moment déjà, dissertant sur leurs derniers achats musicaux. Ces mecs sont compulsifs, environ quatre cds par semaine. Il est impossible de suivre le flux de leurs acquisitions. Ils sont toujours à la recherche du petit groupe, des labels indépendants, des disquaires passionnés. John déballe un nouvel album de Kehlvin après cinq longues années d’attente… un bel objet, une superbe couverture illustrées… une sorte d’enchevêtrement végétal et organique… Victor interpelle Matt qui se décide enfin à débarrasser les tables où s’accumulent les verres vides. Il demande si on peut écouter l’album… Le barman retourne derrière son comptoir, coupe le son, met le nouveau Kehlvin… l’enfer ; ici ; maintenant… quelqu’un vomit dans la poubelle…
Daniel est toujours derrière son ordinateur, quelques potes l’ont rejoint à sa table dont Gregor avec qui ils sont toujours à la quête des dernières nouvelles. Surtout à cette période où les festivals annoncent leur prog.
- t’as vu Gregor, le Rock Altitude a annoncé Nada Surf ; quelle chiasse !
- ouais j’ai vu… c’est important pour notre génération ce groupe, ils n’ont pas fait que Popular tu sais et ils jouent pour vachement plus cher pas si loin d’ici…
- bref… on verra, mais ils ont mis un truc bizarre sur leur facebook, ils parlent à demi-mots de fraternité et d’atomes, ils ont diront plus bientôt…
- Regarde y’à le programmateur qui arrive, on a qu’à lui demander ce que c’est
- Non lui c’est son frère.
- Quoi son frère, mais il a la même gueule que l’autre alors ?
- Oui mais lui – c’est l’autre – celui que l’on ne connaît pas…
- PUTAIN mec, cette histoire de frangin, c’est p’têtre une allusion à… tu crois qu’il y aurait les Chemical Brothers ?
Les deux potes sont frénétiques et vont directement sur le site de leur groupe préféré. Découvrant qu’ils sont effectivement en tournée à ce moment-là, « putain ils ont un trou de planning ce week-end là » dit Gregor surexcité… Les Chemical Brothers au Locle… Au bout de la table, Amrkus arrête ses gribouillis circulaires qu’il fait sur tous les flyers et regarde les deux geeks spéculant sur n’importe quoi…
- fraternité inconnue mon cul ! Je sais de source sûre que c’est les Hanson… ils ont craqué et veulent rendre le festival accessible aux 11-13 ans
- Ta gueule Amrkus !
- Eh Matt, des frangins ; ça pourrait être quoi d’autre ?
Le barman a entendu des bribes de ce dialogue de sourd depuis le début, il encaisse une binch et dit en rendant la monnaie :
- Les Plonk et RePlonk, ils vont sortir un cd bientôt, détournement de chanson jurassienne et duplicité sonore ça s’appellera
- Matt s’il te plaît c’est important…
- Je sais pas les gars, faites une liste de tous les groupes où il y a des frangins, frangines… démerdez-vous, spéculez… soyez malins… les White Stripes qui sait ?!? la chimie et l’origine du monde…l’origine chimique du monde.
Le cd de chie est fini, John s’en va… Matt remet sa compil habituelle, cliquant malicieusement sur Sisters…
Chronique rédigée par Dejan