Chroniques du Rock Altitude Festival

Rock Altitude Festival ; chroniques

« On était tous aux anges, on savait tous qu’on laissait derrière nous le désordre et l’absurdité et qu’on remplissait notre unique fonction dans l’espace et dans le temps, j’entends le mouvement. »

Jack Kerouac – Sur la route

Le chef d’œuvre de Kerouac est le calque magique d’un siècle désenchanté. Les plus folles envies de jeunes gens se déplaçant à l’infini dans un espace devenu clos, routinier. La quête se meut en fuite ! La liberté de la découverte, du voyage, les possibilités de révélation et de Satori s’enveloppent dans une brume nauséeuse. La fuite est le dénominateur commun de cette période de l’Histoire. La répétition de l’exil, physique et cérébral ; cette implosion se perpétuant.

Les fuites se répètent et se ressemblent, même si elles s’opposent dans leur raison d’être : l’exil des réfugiés, des pauvres, des artistes, des drogués, des artistes drogués, des terroristes, des ennemis politiques, des dictateurs, des criminels de guerre, des victimes de guerre… Une Histoire éclatée à travers laquelle nous allons voyager par flash, des points d’entrées sur une réalité, des mouvements se perpétuant d’une décennie à l’autre, d’un endroit à l’autre.

« À de grands intervalles dans l’histoire, se transforme en même temps que leur mode d’existence le mode de perception des sociétés humaines. »

Walter Benjamin – L’œuvre d’art à l’époque de sa reproduction mécanisée

Seattle 1991 : au milieu d’une zone industrialisée, dans une mégapole nord-américaine pleine de solitude, tournée vers l’expansion, une scène musicale s’esquisse, prête à tout briser sur son passage… Après les paillettes et l’exubérance des années 80, une jeunesse désabusée, jeans troués et cheveux gras qui ressent le brûlant besoin de s’épancher de sa détresse. Nirvana, Alice in Chains, Soundgarden, Pearl Jam… Peu importe leurs luttes internes, le grunge est jusqu’à nos jours la dernière révolution culturelle ! Tous ces groupes de Seattle imposent un retour aux racines sauvages du rock : sauvage, rebelle… avec quelque chose en plus. Sociologiquement, cette scène musicale peut être comparée au punk new-yorkais des années septante, aux scènes californiennes ou londoniennes des 60’s ou à la cold wave anglaise peut-être. Impact fulgurant sur un public divisé, folie des adeptes, vindictes des détracteurs… Un gros fuck off !!! Retour de Dada et des Beats…

Quelles sont les conditions permettant à une mouvance artistique de se translater d’une époque et d’un endroit à l’autre ? Le XXème siècle a entamé les métissages : les surréalistes puisaient leurs inspirations dans le dix-neuvième obscur, dans l’art africain et dans le cubisme. Les beats étaient influencés par le jazz et les surréalistes, le rock par les beats, tout le monde par Rimbaud !

Ici et maintenant, se palpe une résurgence bienvenue d’appel à la liberté… les songes éthérés d’une jeunesse frénétique se matérialisent peu à peu… d’une tournée mondiale à un festival de rock, des spectacles de rue aux courts mais trash… une putain de région s’éveille…

“The power to dream / to rule
to wrestle the world from fools
it’s decreed the people rule”

Patti Smith – People have the power

 Chronique rédigée par Dejan

Cette entrée a été publiée dans Chroniques. Vous pouvez la mettre en favoris avec ce permalien.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

*

Vous pouvez utiliser ces balises et attributs HTML : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong>