Rock Altitude Festival ; chroniques
“Let’s get together… one more time”
The Doors
L’un après l’autre les concerts se succèdent et se consument, comme le combustible nécessaire à notre inlassable quête sonique. D’une salle alternative qui pue la transpiration à un concert dans une cuisine, dans un bar ou devant à la grande scène d’un festival, peu importe tant que les décibels nous perforent. L’énergie du live et le partage soudain de la magie musicale. Comme un rassemblement religieux ou une reproduction des transes antiques, comme leur translation bordélique dans un temps désenchanté, les concerts constituent la meilleure réponse à l’isolation quotidienne.
Alors que le désastre global d’un monde sur le point de péricliter nous entoure comme un imperceptible nuage radioactif ; la musique est partout, tissant l’espace utopique où se complaire. La musique se joue live et on en jouit ensemble, comme une résurgence de nécessités extatiques. Roger Waters joue The Wall, Patti Smith joue Horses, Lou Reed aux Vieilles Charrues, Portishead à Paléo, Queens of The Stone Age au Kilbi, Wovenhand au Rock Altitude, Kyuss aux Eurock’… cette année n’a aucun sens, il y a même Death From Above 1979 qui se reforme… il y a même des potes qui jouent au Dour Festival… Les concerts se succèdent et se consument, s’incrustant profondément dans la mémoire sensorielle. Comme les traces des rêves, comme des relents d’extase… comme un coït auditif !
Le 20 juillet 2011 par exemple, quelque part dans un temps dilaté : une foule encore vierge s’apprête à se faire dépuceler… Portishead entame leur récital par Silence, la foule est rendue aphone, les larmes brillent dans les yeux et la voix cristalline de Beth Gibbons traversent les ventres et les cœurs. C’est beau, c’est magique et incroyable, c’est comme du sexe, mais différent. Un instant illusoire de vacuité… Wandering Star… un moment d’absence qui imite le néant… le solo de Glory Box… pulsion vibratoire de la perfection… Cowboys… délire fugace de pensées hostiles… Machine Gun… face à la magie et devant la grâce… Roads… la pâleur ironique de la grammaire s’évapore…